fév
15
2009

Le goût de la photo … pour des photos … Miam !

Silvia du blog Savoirs & saveurs a rédigé ce billet tout spécialement pour le blog de Topmiam. Si vous ne connaissez pas son blog, allez y faire un tour. Vous comprendrez immédiatement pourquoi je l’ai mise à contribution ! Ses photos sont superbes, appétissantes, vivantes … Une totale réussite, à mon avis, au regard de ce qu’elle nous explique dans ce billet. Quant à sa cuisine, Mamma mia !!! Molto buona, molto apetitosa … Nelle sue ricette si può raggiungere l’orgasmo culinario. ;)

Le goût de la photo (pour des photos…. Miam !) par Silvia

(photo de Thanh Nguyen http://www.tranches-de-vie.fr/2007/11/04/le-gout-de-la-photo-2.html)

Quel est le « plus » indéfinissable qui nous fait aimer une photo culinaire plus qu’une autre ?

Personnellement, j’aime les photo qui ont du goût, pas seulement celui caractéristique d’une image jolie (bonne lumière, bon cadrage, belle netteté, etc.) mais celui sensoriel. J’aime les photos qui, en plus d’être belle, arrivent à faire vivre le plat qu’elles représentent, celles qui font saliver en réveillant les papilles juste en regardant l’image.

Une photo culinaire peut être parfaite du point de vue technique, mais si elle ne donne pas envie de goûter le plat qu’elle représente, elle reste froide, comme une image clinique.

Mais quand une photo culinaire, en plus d’être techniquement bien faite, nous fait venir l’eau à la bouche, elle nous transmet son goût. Et ce n’est pas seulement le goût propre à l’un des cinq sens, mais c’est quelque chose avec une signification plus large, qui touche aussi au sens de la vue et du toucher, c’est quelque chose capable de nous donner des sensations et des émotions.

Cela dépend surtout de l’oeil du photographe qui est l’intermédiaire entre le plat et ceux qui en regardent sa représentation sur une photo.

Voilà pourquoi à mon avis, une photo culinaire faite par qui aime la cuisine (en plus d’aimer faire des photos), et encore plus par qui fait la cuisine, est une photo qui sait parler à nos sens.

A propos de la photographie, moi aussi je pense que « la photographie, c’est surtout quelque chose de personnel qui reflète notre “sensibilité » comme le dit Claude-Olivier dans son billet . Donc, a part les connaissances techniques (tout de même nécessaires pour maîtriser ce sujet), réussir une photo - à mon avis - c’est surtout une question de « feeling » et d’émotion, car la photo représente le point de vue du photographe et sa capacité de transmettre et de susciter des émotions et des sensations, en plus de vouloir montrer quelque chose.

La photo est un mix d’éléments objectifs et subjectifs: la technique (bon cadrage, lumière etc.) associée au sens (l’histoire que la photo raconte, ce qu’elle nous fait percevoir, l’émotion qu’elle dégage…).

Je suis une passionnée de photographie et photographe amateur et avec ce billet je veux partager avec vous quelques idées issues de mon expérience personnelle, faite à force de prendre des photos culinaires et de chercher de m’améliorer (tache toujours en cours ;) ).

Je suis d’accord avec Eleonora quand elle dit que plus l’on prend de photos et plus l’on s’améliore. Et j’ajouterais que plus on analyse ses propres photos, plus on les regarde avec un sens critique (et autocritique ;) ), sans rester sur ses acquis, plus on a la possibilité de progresser (..comme dans la cuisine et beaucoup d’autres domaines).

Un autre exercice que je me sens de suggérer (car je le pratique :) ) c’est celui de regarder les photo des autres (professionnels ou amateurs qu’il soient - Topmiam c’est déjà le bon endroit où faire cet exercice!) pour en cueillir les styles et les points de vue différents. Et quand on aime particulièrement les photos des autres il n’y a rien de mal à s’en inspirer: c’est un autre exercice qui permet de s’améliorer, tout en gardant son propre « oeil » et son propre style de reprise.

Comment je prend mes photos culinaires : je pense qu’après les premiers tâtonnement, à force de prendre des photos chacun développe sa propre méthode, l’important c’est le résultat.
Celle que j’ai trouvé (de façon instinctive, une photo après l’autre) est la suivante :

Tout d’abord, avant de prendre ma photo, je l’imagine dans son ensemble, comme s’il s’agissait d’un tableau. Après, je prépare le set comme celui d’un tableau, et quand je vais prendre ma photo, je cherche à la cadrer dans son ensemble (sujet + son environnement, premier plan + arrière plan).
Je me concentre pour voir tous les détails de mon cadrage, en premier comme en arrière plan et je cherche à le soigner pour prendre une photo qui n’aura pas besoin d’être recadrée avec un logiciel.

Les étapes principales :

  • Je pars du sujet (le plat) que je veux représenter et je fais attention a ce qu’il me raconte (de quoi il parle ? Quelle est son atout ? Quel est sa caractéristique gustative ?) Prenons par exemple une omelette: qu’est-ce qui la rend belle à la regarder ? et appétissante ? Sa texture ? Son moelleux ?  Sa couleur ? Le fait qu’elle est juteuse à l’intérieur et légèrement croustillante à l’extérieur ? Et ainsi suite….
  • De quoi le contexte de mon sujet me parle t-il ? Par exemple, une soupe au choux nous évoque l’hiver, l’envie de se réchauffer, alors qu’une glace nous communique l’été, la chaleur, la bonne humeur…. je cherche à me baser sur ces types de sensations pour après construire ma mise en scène.
  • Quel est son environnement ? Avant de passer à la mise en scène, je me demande: qu’est-ce que je veux représenter autour de mon sujet ? Et en arrière-plan ? Et si l’environnement existe déjà (ex. dans un restaurant) je cherche à ne pas le négliger, mais à l’intégrer dans « l’histoire » que je veux raconter avec ma photo.
  • La mise en scène : pour mettre en valeur un plat, je fais attention à choisir des nappes et de la vaisselle neutre et surtout en accord avec le contexte du plat (point 2) et son style : un plat raffiné veut en général une vaisselle fine, un plat rustique veut une vaisselle plus rustique, même une planche en bois (les exemples sont très subjectifs, je vous laisse les trouver…). Dans les photos, la vaisselle avec des décorations étouffe les plats (le regard est détourné sur la décoration). C’est pour cela que si on veut concentrer le regard sur le plat, il vaut mieux choisir de la vaisselle neutre. (deux exemples de vaisselle neutre ci-dessous)

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  • Le cadrage : le cadrage peut être statique ou dynamique. Dans le premier cas le sujet et son environnement sont encadrés en suivant des lignes verticales ou horizontales, dans le deuxième cas, le sujet et son environnement suivent des lignes diagonales. Cela dépend des cas, mais je préfère des cadrages dynamiques. Par exemple, dans la photo ci-dessous, je me suis amusée à croiser les diagonales: celle de la serviette dans un sens, celle de l’assiette dans l’autre, et ainsi de suite à croiser une diagonale après l’autre, jusqu’à celles des pâtes en arrière-plan.

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Un conseil : pour contrôler le cadrage, il faut bien regarder tout ce qu’il y a à l’intérieur de notre cadre (quand on regarde dans l’oculaire du viseur de l’APN), jusqu’au moindres coins. Comme ça on peut se rendre compte s’il y a des éléments qui ne devraient pas être dans notre cadre (une plante, le bout d’une casserole, un sachet, et quelconque autre objet qui n’est pas en relation avec la photo qu’on veut prendre).

Deux petites règles de base : si l’on s’approche du sujet, on met en évidence les diagonales, si on s’éloigne on écrase les images. Selon ce que l’on veut représenter avec notre photo, on choisira de se rapprocher au sujet ou de s’éloigner.

  • La mise au point : une photo raconte généralement une chose à la fois, en suivant un diagramme hiérarchique où la chose plus importante est mise en valeur (et bien mise au point) et les autres choses sont des informations secondaires qui peuvent être « floues ». Mais où et quoi mettre au point ? Cela dépend toujours de ce que l’on raconte et surtout, d’où l’on veut attirer le regard. On met donc au point ce que l’on est en train d’observer (l’ensemble de mon sujet ou un détail sur lequel je veux attirer l’attention). L’environnement qui se trouve en arrière ou en tout premier plan ou des détails pas importants, peuvent être « flous ». Je peux  alors raconter mon plat en entier, comme en raconter juste une miette …

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Lumière, contraste et couleurs

La lumière : dans la mesure du possible, comme source de lumière principale pour prendre mes photos, je privilégie celle du ciel, en extérieur. J’évite le soleil direct et je préfère le ciel avec des nuages (..alors je ne devrais pas me plaindre du ciel de Paris ! ;) ) en choisissant les heures plus lumineuses de la journée (et à Paris l’hiver il y a trop peu de lumière, je m’aide alors avec de l’éclairage).
J’évite le soleil direct car en règle générale, plus une source lumineuse est petite et plus la lumière sur notre sujet est dure (passage net entre les zones d’ombre et celles de lumière) et plus une source lumineuse est vaste, plus la lumière est douce (passage dégradée entre les zones de lumière et celles d’ombre). Oui, mais le soleil est énorme, me direz-vous. C’est vrai, mais en terme d’illumination photographique, le soleil est considéré comme un point vu sa grande distance de la terre. Le ciel sans soleil est une source lumineuse plus vaste qui permet d’illuminer plus doucement les sujets de nos photos. Cela car la lumière dure produit des ombres marquées, alors que la lumière douce produit peu d’ombres, diffuses.

Être sensible à la lumière permet de la choisir en fonction de ce qu’on veut représenter et raconter dans la photo (par exemple, pour un plat on privilégie généralement une lumière douce, mais pour un effet théâtrale – Hamlet avec son crâne – on choisira peut-être plutôt une lumière dure).
Photographie, signifie « écrire avec la lumière ». Dans une photo, c’est la lumière qui « crée » l’image et lui donne vie.

Le contraste : c’est la différence entre les zones de lumière et celles d’ombre. Il est important pour modeler les formes et leur donner du volume. Le contraste, en accord avec la lumière, aide à mettre en valeur les éléments qui composent une photo.

La couleur : la perception des couleurs est très subjective, car en plus de ce qu’on voit, elle dépend aussi de notre humeur, notre caractère, la situation, les  modes, etc.
On perçoit les couleurs les unes en rapport avec les autres : une couleur nous semblera plus claire à coté d’une couleur plus foncé et vice versa.

En grandes lignes, si on veut détacher le sujet du fond il faut le mettre dans un environnement d’une couleur qui contraste avec celui du sujet (ex. sujet foncé = fond clair et vice versa), mais si on veut immerger un sujet dans son environnement on choisira un fond de la même couleur (ex. Une panna cotta qui est blanche sur un fond blanc).

Dans les photos d’exemple ci-dessous, à gauche j’ai voulu immerger le sujet dans son environnement, j’ai donc choisi un fond de la même tonalité que les biscuits. Dans la photo à droite j’ai voulu détacher les chocolats du fond, j’en ai choisi donc un clair, en contraste avec la couleur des chocolats.

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On choisit les couleurs donc en fonction du rapport entre le sujet et le fond.

Plus un sujet se détache du fond et plus il est visible, plus il se mélange avec le fond et plus il devient invisible. C’est pour cela que dans la photo ci-dessus (celle du haut) même si j’ai voulu immerger les biscuits dans leur environnement en choisissant un fond de la même couleur, je les ai séparé du fond avec une serviette blanche (sinon ils auraient été trop camouflés, donc invisibles).

Quant à la quantité de couleurs à mettre dans une photo, ceci aussi dépend de ce que l’on veut raconter. Dans la photo ci-dessous par exemple, j’ai voulu donner un air de fête, de vacances, en jouant avec les objets colorés en arrière-plan (les fleurs, la nappe avec le coin bleue…)

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Alors que dans la photo ci-dessous je voulais raconter l’hiver …

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Je vous avoue que je ne fais pas toutes ces analyses avant de prendre mes photos, je suis surtout mon humeur, et ce que le sujet que je vais représenter m’évoque.
Les analyses je les fais plutôt après (comme je disais au début de ce billet) en cherchant à comprendre si avec ma photo j’ai obtenu ce que j’avais imaginé ou pas (car il y a des fois où on n’arrive pas tout à fait à faire la photo qu’on avais imaginé).  Dans ce cas, je vais me rappeler de  mon ratage pour essayer de ne pas le refaire à la photo successive.

Voilà. Même si c’est un plaisir parler des photos, je vais m’arrêter là pour ne pas trop allonger ce (déjà long) billet. Ceux que je vous ai montré, ce sont les exemples de ce que je fais. La mienne n’est évidemment pas la seule manière de faire, il y a beaucoup d’autres voies pour prendre des « Miam-photos » dont peut-être la votre. L’important c’est d’être curieux :)

écrit pas Silvia, www.savoirsetsaveurs.com

9 commentaires »

  • A lire et à relire… tout comme les 2 billets précédents… pour moi qui commence juste à maîtriser des petites choses… et n’obtient pas toujours ce que je voudrais.
    merci Silvia.

    Commentaire | 15 février 2009
  • merci pour tout ces conseils, j’ai appris des choses

    pas toujours evident de prendre en photo nos plats pour faire ressortir le meilleur !

    en tout cas, trés belles photos !

    Commentaire | 16 février 2009
  • Merci pour ces explications et pour les bonnes techniques. J’avoue que de mon côté, je ne me pose pas trop de question pour les photos, ni pour les mises en scène, mais je fais toujours attention à la lumière.
    Tes photos sont superbes, bravo !

    Commentaire | 16 février 2009
  • C’est passionnant cet article comme les précédents pour moi qui ai un gros travail à faire pour m’améliorer… J’ai bien noté Silvia pour la lumière naturelle à privilégier mais comment on fait quand on cuisine seulement le soir après le travail, c’est à dire vers 20 h en règle générale ! J’avoue que je manque un peu d’imagination et que mes couleurs ne sont pas top.

    Commentaire | 16 février 2009
  • Je n’ai pas encore votre créativité pour les photos culinaire, je préfère la lumière du plein air et j’habite un RDC sombre :’(, mais ces billets me donne déjà quelques idées à expérimenter sur mon blog tout neuf. J’espère que vous irez y faire un tour.

    Commentaire | 16 février 2009
  • Comme le dit Mamina, cet article est à lire et à relire. Je crois bien que je vais l’imprimer et le garder à la portée de la main.

    Merci pour ces judicieux conseils!

    Commentaire | 18 février 2009
  • Idem ! à lire et relire !

    Commentaire | 21 février 2009
  • Flo

    Merci de nous faire partager tout tes secrets. Je pense que l’appareil photo doit avoir une importance également, non ?

    Commentaire | 5 mars 2009
  • Trés interressant, je sens que je vais le relire réguliérement !!!!!

    Hop dans mes favoris …

    Commentaire | 4 juillet 2009

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